Le Dr Roland Grad

Dans des lignes directrices publiées dans le JAMC (Journal de l’Association médicale canadienne), le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs (GECSSP) ne recommande pas le dépistage du virus de l’hépatite C (VHC) chez les adultes qui ne présentent pas un risque élevé.

« Compte tenu de l’absence de données démontrant que le dépistage au sein de l’ensemble de la population est bénéfique, et puisque la plupart des patients identifiés par dépistage ne développeront pas de symptômes du VHC ou demeureront en santé pendant des décennies après l’infection, le GECSSP ne recommande pas le dépistage du VHC chez les adultes qui ne présentent pas un risque élevé », explique le Dr Roland Grad, professeur agrégé au Département de médecine de famille de l’Université McGill, membre du Groupe d’étude et président du groupe de travail sur ces lignes directrices.

Il s’agit des premières lignes directrices sur le dépistage de l’hépatite C publiées par le Groupe d’étude, qui a examiné les meilleures données scientifiques sur l’efficacité (avantages et inconvénients) du dépistage. La recommandation repose sur les faits suivants :

  • la faible prévalence du VHC au Canada au sein de l’ensemble de la population adulte qui ne présente pas un risque élevé pour le VHC;
  • l’absence de preuve directe relativement aux avantages et aux inconvénients du dépistage;
  • la grande proportion des personnes infectées par le VHC identifiées par dépistage qui n’auraient pas accès rapidement au traitement antiviral;
  • les inconvénients potentiels du dépistage pourraient inclure la stigmatisation et les difficultés relatives aux assurances;
  • le faible risque de transmission familiale et sexuelle du VHC auprès des individus qui ne sont pas à risque élevé, ainsi que le faible risque de transmission par les produits du sang étant donné le dépistage de routine du sang et des organes;
  • l’augmentation anticipée des inconvénients résultant du diagnostic et du traitement d’individus dépistés comme étant positifs, mais qui n’auraient jamais développé de maladie reliée au VHC au cours de leur vie.

Cette recommandation s’applique seulement aux adultes qui ne présentent pas un risque élevé d’infection au VHC. Elle n’est pas valable pour les femmes enceintes ou les adultes présentant un risque élevé d’hépatite C, notamment :

  • les personnes utilisant actuellement ou ayant des antécédents d’utilisation de drogues injectables;
  • les personnes qui ont été incarcérées;
  • les personnes qui sont nées, ont voyagé ou ont résidé dans des pays où le VHC est endémique;
  • les personnes qui ont reçu des soins de santé à un endroit où les précautions universelles de prévention des infections virales sont inadéquates;
  • les personnes ayant reçu des transfusions sanguines, des produits sanguins ou une greffe d’organe avant 1992 au Canada;
  • les patients hémodialysés;
  • les personnes blessées par une seringue;
  • les personnes exposées à d’autres risques parfois associés à l’exposition au VHC, comme les pratiques sexuelles à risque, l’itinérance, l’utilisation de drogues intranasales ou par inhalation, le tatouage, le perçage corporel ou le partage d’instruments tranchants ou d’articles d’hygiène personnelle avec une personne atteinte du VHC;
  • les personnes qui présentent des signes cliniques laissant soupçonner une hépatite C.

« La prévalence du VHC est faible dans la population générale adulte au Canada, et nous ne disposons pas de données probantes directes sur les avantages et les inconvénients d’un dépistage du VHC », écrivent les auteurs. « En évitant le dépistage du VHC [dans la population générale], nous pourrons mieux canaliser nos ressources limitées en santé vers le diagnostic (et le traitement) des personnes qui présentent un risque élevé, et vers les autres interventions médicales dont les bienfaits ont été démontrés. »

Pour obtenir des outils destinés à aider les médecins à appliquer cette recommandation dans leur pratique, visitez le canadiantaskforce.ca.

Dans un commentaire connexe, les Dres Geneviève Cadieux et Herveen Sachdeva, de l’École de santé publique Dalla Lana de l’Université de Toronto, soulignent les points suivants : « À l’heure actuelle, au Canada, les données manquent pour appuyer le dépistage de l’infection chronique au VHC dans la population générale, et des obstacles systémiques s’opposent à une telle stratégie. En tête de liste figurent le coût élevé du traitement, l’accès limité au traitement financé par le système public et les inégalités en santé qui en résultent. Le dépistage est généralement considéré comme contraire à l’éthique si le traitement n’est pas disponible ou inabordable. »

Le GECSSP élabore des guides de pratique clinique qui appuient les fournisseurs de soins de santé primaires dans la prestation de soins de santé préventifs. L’élaboration des lignes directrices s’appuie sur l’analyse systématique de données probantes scientifiques.

 

Le 19 mai 2017