Un texte de notre série « À la rencontre de membres de la FMSS venus d’ailleurs » – La Faculté de médecine et des sciences de la santé (FMSS) est composée de communautés plurielles dont les membres proviennent de partout au Canada et d’ailleurs dans le monde. Cette série souligne le talent et l’expertise de personnes qui ont choisi de venir s’établir au Québec et de se joindre à l’Université McGill. Merci de votre précieuse contribution!

Il est 14 h 30 et Jean-Pierre Farmer, MDCM, vient de terminer une chirurgie de 5 h chez un bébé de 3 mois ayant une craniosténose sagittale, une affection osseuse qui cause une difformité crânienne et peut mener à de l’hypertension intracrânienne. Cette intervention porte le total des chirurgies pratiquées par le chef de la neurochirurgie pédiatrique au Centre universitaire de santé McGill et ancien chirurgien en chef de l’Hôpital de Montréal pour enfants à plus de 5000 en 33 ans de carrière.

« Il s’agit d’une étape importante », admet le Dr Farmer, un Franco-Ontarien qui est venu à McGill pour étudier la neurophysiologie en 1976, juste après la cérémonie de clôture des Jeux olympiques. C’est aussi à McGill qu’il a ensuite étudié la médecine et fait sa résidence en neurochirurgie. Par la suite, il a réalisé un fellowship clinique en neurochirurgie pédiatrique au New York University Medical Centre, avant de revenir à McGill en tant que neurochirurgien pédiatrique en 1990.

Parmi les autres grandes étapes de la carrière du Dr Farmer figure sa participation à la mise au point du tout premier système canadien d’imagerie par résonance magnétique intraopératoire chez les enfants, en 2009. Durant l’intervention, les neurochirurgiens et neurochirurgiennes se fient aux images obtenues ainsi qu’au plan cartographique tracé d’avance pour améliorer l’efficacité et la sécurité de la résection des tumeurs cérébrales ou des tissus épileptogènes, par exemple.

La toute dernière pièce d’équipement acquise par l’équipe de neurochirurgie de l’Hôpital de Montréal pour enfants est un robot guidant le passage d’électrodes dans le cerveau afin de cerner l’origine des convulsions. « Si nous pensons pouvoir aider un patient épileptique à l’aide d’une chirurgie, il est essentiel de trouver l’origine de la crise. Pour les épilepsies réfractaires, le robot aide à l’installation d’électrodes en profondeur placées stéréotactiquement dans une distribution qui correspond à la sémiologie des convulsions, ce qui nous permet de cerner la zone d’initiation de la convulsion ainsi que le tracé de la propagation de la crise », explique le Dr Farmer.

Tout en s’assurant que les neurochirurgiens et neurochirurgiennes ont les meilleurs outils à leur disposition pour traiter les enfants du Québec, le Dr Farmer a également contribué au recrutement de collègues de talent au sein de l’équipe de neurochirurgie pédiatrique. « Le Dr Jeffrey Atkinson, lui aussi originaire de l’Ontario, est venu à McGill pour sa résidence en neurochirurgie après avoir complété sa formation en médecine à l’Université de Toronto. Il a ensuite réalisé un fellowship à la University of Utah, à Salt Lake City, avant de revenir à Montréal en 2003. Il dirige aujourd’hui le programme de résidence en neurochirurgie de l’Université McGill, et ce, depuis une douzaine d’années. Le Dr Roy Dudley, de Terre-Neuve-et-Labrador, a été recruté en 2014. Il était venu à Montréal une première fois pour étudier les maladies neuromusculaires à McGill. Après son Ph. D. (à McGill) et sa formation médicale (à l’Université Memorial), il a fait sa résidence en neurochirurgie à l’Université McGill et son fellowship en neurochirurgie pédiatrique à la University of Colorado Denver. En plus d’être un excellent neurochirurgien, il est maintenant chercheur-boursier. Nous avons tous trois choisi de nous installer au Québec et d’y élever nos familles. Mes deux collègues communiquent avec leurs jeunes patients et les familles, francophones ou anglophones, sans difficulté. »

Lorsque le Dr Farmer a assumé son nouveau rôle de vice principal adjoint et vice-doyen exécutif (Santé et affaires médicales) en janvier dernier, il avait de nombreuses priorités, dont celle de s’assurer que les apprenants et apprenantes tout comme les membres du corps professoral puissent s’adresser à leurs patients francophones en français. « Je pense que tout le monde à McGill, particulièrement en médecine, est sensible à cette réalité. La majorité des patients ont comme première langue le français et il est important de pouvoir communiquer avec eux dans la langue de leur choix alors qu’ils vivent des moments de détresse. Notre responsabilité sociale, en tant qu’école de médecine, est de répondre aux besoins de notre communauté. Plusieurs réunions de l’École de médecine se déroulent en français. Lorsque nous interagissons avec les autres écoles de médecine du Québec ou avec les ministères, tout se passe en français. »

« Un quatrième neurochirurgien pédiatrique rejoindra l’équipe du CUSM dès janvier 2024. Aucun résident finissant du Québec n’a répondu à l’appel lancé pour pourvoir ce poste. Ce nouveau coéquipier a reçu sa formation médicale (Université de la Méditerranée à Marseille) et sa formation en neurochirurgie (Universität Frankfurt) en Europe, et il est titulaire d’un doctorat en neurophysiologie. Il a passé deux années de fellowship à McGill, durant lesquelles il a développé un modèle de recherche des plus intéressants. Il est capable de s’exprimer très clairement en six langues et son français est impeccable. Il sera un excellent clinicien-scientifique et neurochirurgien pour les enfants du Québec, pour les décennies à venir. »

« Il semble clair qu’il y a de nombreux exemples d’individus provenant d’ailleurs au Canada ou même de l’extérieur du Canada qui étudient ici, adorent l’environnement et décident de s’établir et d’élever leur famille ici. Ils aident des générations de patients d’ici, et contribuent remarquablement à la société québécoise », conclut le Dr Farmer.