Le Dr Robert Sladek était à la fois un scientifique, un mentor, un collègue et un ami exceptionnel, dont le décès laisse un grand vide dans notre communauté. Il était l’une des rares personnes dont les capacités intellectuelles n’avaient d’égal que son humanisme : c’était un érudit d’une intelligence rare, un guide généreux pour ses étudiantes et pour ses étudiants ainsi que pour ses collègues, et une personne dont la curiosité, la gentillesse et l’intégrité ont touché la vie de bon nombre de personnes de son entourage. Il nous a quittés aux premières heures de la matinée le 3 mars dernier.
Initialement formé comme endocrinologue à l’Université de Toronto, Robert Sladek est devenu l’un des chefs de file de la génétique humaine et de la génomique à l’Université McGill. Ce parcours lui a permis de se distinguer des autres. Sa contribution au milieu scientifique est énorme : en effet, il a apporté à la science les connaissances et l’expérience d’un médecin, la rigueur d’un scientifique ayant une pensée quantitative et la vision d’une personne capable de passer avec fluidité d’une discipline à l’autre. En tant que membre des Départements de génétique humaine et de médecine, et de la communauté plus large de la Génomique de l’Université McGill, il a contribué à façonner ces deux disciplines et à en élever le niveau grâce à ses réalisations scientifiques, à ses activités de mentorat et grâce à sa présence empreinte de collégialité.

On se souviendra de Robert Sladek comme de l’un des premiers chefs de file de l’adoption d’approches pangénomiques pour traiter des maladies complexes. Ses travaux sur le diabète de type 2, qui ont fait date, ont aidé à établir des études d’association pangénomique à titre d’approche transformatrice pour identifier l’architecture génétique d’une maladie courante. Ce faisant, il a contribué à une évolution importante du domaine; grâce à lui, l’écosystème génomique de l’Université McGill a obtenu de la notoriété à l’international. Le Dr Sladek a été un pilier dans la création du Centre de génomique McGill; il a également joué un rôle important à l’époque où le Centre n’était qu’un petit laboratoire de l’Hôpital général de Montréal. Il a aussi pris une part active au recrutement des membres de l’équipe scientifique au fur et à mesure de sa croissance. Il a dirigé le Centre pendant la période de transition, entre le mandat de Tom Hudson et celui de Mark Lathrop; il a également servi de guide lors de la transformation du Centre, qui est devenu un centre de séquençage de l’ADN à haut débit de classe mondiale.
Toutefois, le legs de Robert Sladek ne s’est jamais limité à la découverte seule. Dans son travail, il a toujours cherché à comprendre comment la variation génétique se traduit dans la fonction biologique. Ses travaux de recherche allaient de la localisation associée à la maladie à la régulation des gènes, en passant par la biologie de l’ARN, les réseaux transcriptionnels, les mécanismes de la chromatine et le développement de nouvelles méthodes visant l’analyse de cellules et de molécules isolées. Il appartenait à la génération de scientifiques qui ont contribué à faire passer la génétique humaine à l’ère de la génomique fonctionnelle, toujours avec un instinct.
Toutefois, ne parler que de l’aspect scientifique de la personnalité de Robert Sladek reviendrait à passer outre à ce qui lui a valu tant d’admiration et tant d’amour. Il a été un mentor extraordinaire et un collègue exceptionnellement généreux. Il donnait de son temps gratuitement, plus spécialement aux étudiantes et aux étudiants, aux stagiaires et à ses collègues en début de carrière, souvent en ayant recours à des moyens qui s’avéraient transformateurs en douceur. Il remettait les idées en cause avec rigueur, posait des questions perspicaces et élevait le niveau des discussions scientifiques, mais toujours dans le but d’aider les autres à affiner leur pensée et à agir avec plus d’audace.
Robert Sladek était la personnification d’un véritable homme de la Renaissance. Il avait de vastes connaissances, mais sa curiosité semblait illimitée. Même dans ses propres travaux de recherche, il tirait parti de points de vue et de collaborations couvrant des domaines aussi divers que la physique et l’éthique. Son potentiel intellectuel était remarquable; les conversations avec lui pouvaient passer sans effort de la génomique et de la technologie à l’histoire, à la finance, à la politique, à l’art et à beaucoup d’autres sujets à mille lieux du domaine scientifique. Quel que soit le sujet abordé, il s’y intéressait toujours avec la même acuité, la même curiosité et avec le même plaisir d’apprendre. Connaître Robert Sladek n’était pas seulement l’occasion de rencontrer un brillant généticien, mais aussi de fréquenter un homme à l’esprit vraiment exceptionnel.
Par-dessus tout, Robert Sladek alliait l’excellence scientifique à l’humanisme. Il se préoccupait profondément de la science, mais aussi des personnes qui la font. Il renforçait notre département, non seulement grâce à sa mission professorale, mais aussi grâce à sa sagesse, à sa générosité et à son humanisme. Enfin, son apport à la communauté de l’Université McGill a été remarquable. Qu’il s’agisse de sa contribution aux travaux du Sénat, de ses activités à titre de représentant du doyen, de son leadership en tant que directeur adjoint du programme de sciences quantitatives du vivant, de sa défense constante des étudiantes et des étudiants, des stagiaires et de ses collègues, il apportait un point de vue réfléchi, empreint d’équité, et se préoccupait profondément de la vie de l’Université. Il n’était pas simplement au service de l’institution; il contribuait à l’enrichissement du discours, tant du point de vue intellectuel qu’humain. Le départ du Dr Robert Sladek constitue une perte énorme pour le Département de génétique humaine, pour l’Université McGill et pour l’ensemble de la communauté scientifique. Sa contribution à la science va perdurer, tout comme le souvenir de sa chaleur, de sa générosité et de son intelligence remarquable. Il va nous manquer grandement, et nous nous souviendrons longtemps de lui.
Nous remercions la famille Sladek, qui nous a fourni la photo de la remise du diplôme de médecine
