Bien qu’on les voie encore comme des spécialistes qui traitent exclusivement le système musculosquelettique, les physiothérapeutes d’aujourd’hui sont souvent appelés à élaborer des approches plus holistiques en matière de bien-être.  

Selon Erin Keough, une physiothérapeute titulaire d’une maîtrise ès sciences appliquées en physiothérapie de l’Université McGill qui travaille aujourd’hui à l’Hôpital de Verdun, la méthode holistique suppose de considérer une blessure d’un point de vue global. « Les physiothérapeutes s’occupent du corps physique, mais nous devons comprendre que la blessure d’un être humain ne se limite pas aux éléments physiques, comme une jambe cassée. La vision holistique exige de tenir compte de l’impact sur les aspects sociaux, spirituels et mentaux de la santé. » Mme Keough mentionne au passage qu’elle exerce son métier entièrement en français. 

Les méthodes holistiques peuvent être utilisées dans la profession pour bonifier les traitements et offrir plus d’options. « Si je constate qu’une personne qui s’est cassé la jambe il y a un an n’est toujours pas complètement rétablie et qu’elle veut reprendre ses activités récréatives, c’est l’occasion idéale de l’aiguiller vers la récréologie. Si ses habitudes alimentaires ont changé, je recommanderai une consultation en nutrition ou en diététique. C’est impossible pour moi de tout savoir dans tous ces domaines – d’où l’importance de la collaboration interprofessionnelle.Il est toujours agréable de savoir qu’on ne traite pas que la jambe d’un patient ou une patiente, mais bien la personne entière », ajoute Mme Keough. 

La médecine holistique englobe d’ailleurs la santé mentale. Une approche holistique place la personne – plutôt que seulement son diagnostic ou ses symptômes – au centre de son plan de traitement, en tenant compte de ses besoins émotionnels, mentaux, physiques et spirituels. « Nous recueillons les renseignements sur la personne et nous lui donnons ensuite les ressources nécessaires pour consulter dans d’autres professions de la santé, comme la psychologie, la psychiatrie ou le travail social. Ces gens sont formés pour traiter l’aspect mental. Pendant que nous traitons quelqu’un, nous sommes en mesure de détecter les signaux d’alarme liés à la santé mentale. Depuis cinq ans, le bien-être est beaucoup plus considéré sur le plan holistique plutôt que sous l’angle strictement physique. La santé mentale est donc prise en compte », souligne Mme Keough. 

Originaire de St. John’s, Mme Keough a obtenu un B. Récr. en thérapie par le loisir suivi d’une maîtrise en kinésiologie de l’Université Memorial de Terre-Neuve. « Je voulais aller en kinésiologie, car j’étais très sportive. Quand j’ai suivi un cours d’introduction à la kinésiologie, la thérapie par le loisir m’a beaucoup interpellée, parce qu’au bout du compte, si nous ne faisons pas nos activités récréatives ou des choses qui nous apportent de la joie, notre qualité de vie se détériore grandement. » 

Mme Keough se décrit comme « d’ascendance mixte européenne et autochtone », d’une mère issue d’une communauté inuite du Labrador et d’un père d’Irlande. Elle a donc été ravie de découvrir la Maison des peuples autochtones de McGill, où les étudiantes et étudiants peuvent tisser des liens entre eux et vivre leur culture. La Maison des peuples autochtones offre du soutien aux études, notamment du tutorat subventionné et des ateliers mensuels. Le soutien culturel prend la forme de services visant à promouvoir le bien-être culturel de la population étudiante. Divers autres services offerts en dehors de la Maison des peuples autochtones servent aussi à assurer un soutien communautaire. 

« C’était une belle manière de créer des liens. De plus, la Maison collabore aussi avec les facultés. À ma faculté, une professeure d’ergothérapie a créé un document qui contient de nombreux renseignements sur tous les éléments pédagogiques du programme d’études en ergothérapie de McGill portant sur la santé et l’histoire autochtones, ce qui est un atout », fait remarquer Mme Keough. « Pour mon dernier stage, j’ai déménagé en territoire cri. Quiconque veut travailler dans une région autochtone pour y créer des liens et acquérir de l’expérience peut avoir accès à de tels stages. » 

Tout en faisant la promotion de la médecine holistique, Mme Keough porte un jugement critique sur la prestation de services de réadaptation, en particulier sur les inégalités qui sont inhérentes au système de santé actuel. Ses efforts l’ont amenée à cocréer Justice Centered Rehab, une plateforme sociale en ligne ayant pour mission principale la sensibilisation aux défis que rencontrent les patients qui ont besoin de soins de santé.  

« Nous parlons de sujets que les gens n’aiment pas aborder, comme les inégalités sociales et en santé, la difficulté d’accéder à des soins ou les lacunes de notre système, entre autres. Nous avons formé ce groupe d’individus aux vues similaires, des quatre coins du monde (Afghanistan, Nigeria, Angleterre, Pakistan et États-Unis), qui se réunissent une fois par mois pour discuter de ces enjeux. Nous avons des pages sur Instagram et sur X où nous nous exprimons sur des sujets connexes, par exemple la facilitation. En ce moment, nous en sommes essentiellement à l’étape de la sensibilisation, à mettre en lumière le fait que ces écarts existent », explique Mme Keough. 

Parlant couramment le français et déjà bien en selle dans sa profession, Mme Keough estime qu’elle est probablement au Québec pour de bon. « Montréal est une grande ville, comparativement à ma ville d’origine. Quand je suis arrivée ici, ma cohorte comptait environ 10 physiothérapeutes de l’extérieur de la province. Cinq d’entre nous sont restés et nous nous appuyons mutuellement. C’est aussi ici que j’ai rencontré mon fiancé, alors je crois que je vais rester. »