Michel Clair (ancien ministre du Québec; président de la Commission Clair sur les services de santé et les services sociaux [2000-2001] qui a mené à une réforme des soins de première ligne au Québec); Antonia Maioni (doyenne de la Faculté des arts de l’Université McGill; professeure au Département de science politique et à l’Institut de recherche sur les politiques sociales et de santé; membre du conseil de la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé); Claude Castonguay (ancien ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec [1970-1973], président de la Commission Castonguay [1970]; connu comme le « père » de l’assurance-maladie au Québec) et Jean Rochon (ancien ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec [1994-1998]; président de la Commission Rochon sur les services de santé et les services sociaux [1987]). Photo : Frédérique Mazerolle
Par Frédérique Mazerolle

Les anciens ministres québécois Claude Castonguay, Jean Rochon et Michel Clair, ainsi qu’Antonia Maioni, doyenne de la Faculté des arts et professeure au Département de science politique de l’Université McGill, ont échangé avec des étudiants et des membres du corps professoral du Département de médecine de famille lors d’une table ronde tenue devant une salle comble le 22 octobre dernier. Les panélistes et l’auditoire ont pris part à une conversation franche sur l’état actuel des soins de première ligne au Québec.

Les conférenciers invités sont loin d’être étrangers au système de santé canadien. M. Castonguay, le Dr Rochon et M. Clair ont non seulement été ministres au Québec, mais ils sont aussi les auteurs d’importants rapports qui ont entraîné des changements importants dans le système de santé provincial, comme la création de l’assurance-maladie (Castonguay, 1970), le virage ambulatoire – ou l’augmentation des services de première ligne et des soins à domicile (Rochon, 1988), et la création des groupes de médecine de famille, communément appelés GMF (Clair, 2001). Antonia Maioni possède une vaste expérience universitaire et de recherche dans le domaine des politiques et de la réforme des soins de santé, et siège actuellement au sein du conseil d’administration de la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé.

Cet événement était organisé par le Département de médecine de famille, en collaboration avec l’Observatoire de McGill sur les réformes des services de santé et sociaux, ainsi que Pizza & Politique, une initiative ayant pour but d’encourager les étudiants des cycles supérieurs et les jeunes chercheurs en soins de première ligne à explorer, à discuter et à débattre des enjeux en matière de politiques de santé au Canada.

Le panel s’est penché sur les politiques du gouvernement libéral sortant, notamment sur les réformes mises en place par l’ancien ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, dont les projets de loi 10 (Loi modifiant l’organisation et la gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux notamment par l’abolition des agences régionales) et 20 (Loi favorisant l’accès aux services de médecine de famille et de médecine spécialisée et modifiant diverses dispositions législatives en matière de procréation assistée).

Les panélistes ont participé à des discussions animées sur des sujets tels que le rôle du médecin de famille, le financement des établissements de santé et l’affectation des médecins de famille par l’entremise des plans régionaux des effectifs médicaux (PREM).

« Les régions connaissent les services, les besoins et les ressources de leur population, il serait donc plus judicieux que celles-ci aient une plus grande responsabilité dans le choix de leur personnel », explique M. Castonguay.

Malgré leurs points de vue, leurs affiliations politiques et leurs antécédents différents, tous les membres du panel ont partagé une vision commune sur l’avenir des soins de première ligne, qui comprend un changement d’approche de gouvernance et de style de gestion, ainsi qu’une collaboration accrue avec les professionnels de la santé.

En parlant de la mise en œuvre des projets de loi 10 et 20, le Dr Jean Rochon a souligné la nécessité pour le gouvernement de consulter davantage les organismes de santé. « Nous devons revenir à l’essentiel et parler directement aux parties concernées », dit-il.

Les quatre panélistes ont convenu que les soins de première ligne doivent être plus accessibles et plus efficaces, et comme solution possible au problème actuel, ils ont suggéré l’organisation d’un symposium qui inclurait les autorités de la santé et les intervenants de tous les groupes pertinents, y compris les fédérations de médecins, les groupes de cliniciens et le grand public, afin que toutes les voix puissent être entendues.

 

Le 6 décembre 2018