Maimouna Mbengue contribuera à l’amélioration de la santé maternelle au Sénégal; Mikal Nazarani encouragera les jeunes à raconter leurs histoires à Parc-Extension
Deux personnes récemment diplômées de l’Université McGill figurent parmi les nouveaux lauréats de la bourse de la Fondation Pathy. Ce programme pancanadien permet à de jeunes leaders de consacrer leur première année après les études universitaires à un groupe et à une cause qui leur tiennent à cœur.
Nouvelle titulaire d’une maîtrise ès sciences en santé publique, Maimouna Mbengue utilisera sa bourse pour réaliser Healing with Compassion: Senegal Postpartum Depression Prevention, un projet communautaire d’aide aux femmes enceintes ou en période post-partum de la banlieue de Dakar, au Sénégal.
Mikal Nazarani, détenteur d’un baccalauréat en anthropologie avec mineures en développement international et en études sud-asiatiques, développera un programme d’alphabétisation et d’expression créative offert gratuitement aux jeunes du quartier Parc-Extension, à Montréal.
Les boursiers reçoivent une allocation de 50 000 $ pour leurs frais de subsistance et la réalisation de leur projet, en plus de bénéficier de mentorat, d’une formation ainsi que d’un réseau de pairs et de praticiens d’expérience. Le programme leur permet de mettre leurs idées à l’essai, d’acquérir des compétences pratiques et de créer des projets susceptibles d’avoir des retombées durables.
Maimouna et Mikal, boursiers de l’année 2026-2027, feront partie de la 11e cohorte du programme.

De l’aide pour les nouvelles mères
Née et élevée à Dakar, Maimouna a eu l’idée de son projet à la suite d’échanges avec des femmes de sa communauté sur la pression, l’isolement et le sentiment de perte d’identité qui peuvent accompagner la maternité.
Son projet vise à créer des cercles de soutien où les nouvelles mères pourront échanger et nouer des liens dans un espace sûr, accueillant et exempt de jugement.
L’idée de Maimouna repose sur la notion d’entraide comme moyen de guérison.
« La sororité et les amitiés m’ont aidée à traverser les nombreuses périodes difficiles que j’ai vécues, explique-t-elle. Je suis convaincue que ces liens sont un puissant moteur de guérison et c’est ce que je veux que ces cercles incarnent. »
Sa formation à l’Université McGill, dit-elle, lui a permis d’acquérir les outils nécessaires pour comprendre les déterminants de la santé, mais aussi pour aller beaucoup plus loin.
« Mon programme d’études m’a amenée à examiner les rapports de pouvoir. J’ai découvert des approches décolonisées, axées sur l’autonomisation des populations et l’équité qui remettent en question les systèmes ayant longtemps exclu les personnes les plus vulnérables. J’ai appris à prendre conscience de mes privilèges, à faire preuve d’humilité et de compétence culturelle, et à réellement placer la communauté aux commandes. »
Le récit comme moyen de créer des liens
Le projet de Mikal s’appuie sur le travail qu’il a réalisé avec Jugaar Popups au sein de Brique par Brique, organisme montréalais qui œuvre au développement local et à la revitalisation des quartiers, et où il a noué des relations autour d’expériences diasporiques communes. Pendant son année comme boursier, Mikal compte combiner tutorat scolaire et ateliers de poésie, de récit oral et d’autres formes d’expression créative.
Aux yeux du lauréat, le récit permet aux jeunes non seulement d’améliorer leurs compétences en lecture et en écriture, mais aussi d’explorer leur identité, d’exprimer leur vécu et de prendre conscience de leur valeur.
« J’ai l’impression que tout est récit et que tous les enfants ont une histoire à raconter ou à vivre. »
Ses années à l’Université McGill ont beaucoup contribué à forger ce point de vue, notamment le cours Melancholic Migrants du professeur Pasha Khan de l’Institut d’études islamiques, particulièrement formateur, confie Mikal.
« Ce cours m’a permis de découvrir la diversité des récits, des histoires et des souvenirs souvent laissés de côté dans le milieu universitaire occidental. J’ai aussi réalisé un projet d’histoire orale avec ma famille et j’ai écrit sur ma situation d’étudiant venu d’ailleurs, en particulier sur les étiquettes et les circonstances qui définissent et façonnent mon existence. »
Au cours de cette période, Mikal a produit un court métrage sur son défunt grand-père basé sur des souvenirs collectifs de membres de sa famille.
« Le fait de comprendre ces choses par soi-même permet d’être plus à l’écoute des histoires des autres. C’est un acte collectif, en somme. »
De l’apprentissage à la pratique
Pour ces deux boursiers, McGill est bien plus que l’établissement où ils ont obtenu leur diplôme. Les cours qu’ils y ont suivis et le travail sur le terrain qu’ils ont accompli leur ont permis d’acquérir des connaissances, d’approfondir leur réflexion et de se doter de compétences concrètes qu’ils mettent maintenant en pratique à l’extérieur de l’Université.
La bourse Pathy leur permettra de passer à l’action et de bâtir des projets pour aider d’autres personnes à trouver leur propre voix, à renforcer leur communauté et à imaginer l’avenir.
