Des scientifiques ont axé leurs recherches sur les personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde, de lupus, de sclérose en plaques et d’autres maladies inflammatoires d’origine immunologique

Selon des chercheurs de l’Université McGill, de nouvelles données fourniraient une preuve solide : les doses de rappel annuelles contre la COVID-19 demeurent bénéfiques pour certaines personnes immunodéprimées.

Les scientifiques se sont penchés sur la fréquence à laquelle des personnes atteintes de maladies inflammatoires d’origine immunologique ont contracté la COVID-19, et ce, même après avoir reçu au moins trois doses d’un vaccin à ARN messager (ARNm) contre la COVID-19. Plus de sept millions de Canadiens souffrent de ces maladies inflammatoires, parmi lesquelles figurent la polyarthrite rhumatoïde, le lupus, la maladie inflammatoire de l’intestin et la sclérose en plaques. Souvent, les médicaments que ces personnes prennent réduisent l’efficacité des vaccins, les rendant ainsi plus vulnérables aux infections.

Publiée dans Vaccinesl’étude révèle que 15 % des patients atteints de maladies inflammatoires d’origine immunologique avaient contracté la COVID-19 au moins une fois durant l’étude, qui s’est échelonnée sur un an. En revanche, les patients présentant des taux plus élevés d’un anticorps précis, lequel est produit en réponse au vaccin, étaient moins à risque d’être infectés.

« Nos découvertes mettent en évidence l’importance cruciale des doses de rappel, car l’immunité décline naturellement avec le temps. Le maintien de niveaux élevés d’anticorps pourrait être essentiel pour assurer une protection contre les infections », affirme l’auteure en chef Sasha Bernatsky, professeure titulaire d’une chaire James-McGill à la Division de rhumatologie et à la Division d’épidémiologie clinique de l’Université McGill et scientifique principale à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill.

Les infections antérieures à la COVID-19 n’ont pas eu une incidence claire sur les risques d’infections post-vaccinales dans le cadre de l’étude.

« Ces données sont pertinentes pour les personnes qui se croient immunisées à long terme après avoir contracté le virus », souligne Sasha Bernatsky.

Les données aident le Canada à formuler des conseils sur les vaccins

L’équipe de recherche a suivi 366 patients atteints de maladies inflammatoires d’origine immunologique au Canada, principalement au Québec. Contrairement à des études antérieures fondées sur les infections autodéclarées ou les données des hôpitaux, cette étude s’est appuyée sur les tests PCR et les mesures d’anticorps afin de dresser un tableau plus précis des risques d’infection.

Au début de la pandémie, les patients immunodéprimés étaient souvent exclus des essais cliniques de vaccins. Par conséquent, on avait une connaissance limitée du fonctionnement des vaccins chez ces personnes. Pour pallier ces lacunes, l’Agence de la santé publique du Canada et le Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19 ont demandé une étude approfondie. Cinq ans après le début de la pandémie, les chercheurs affirment que leurs découvertes ont fourni au Canada des données probantes pour continuer à recommander des doses de rappel annuelles.

« En 2021, les premiers vaccins à ARNm se sont avérés très efficaces dans la prévention des cas sévères de maladie. Cependant, au fur et à mesure que l’immunité des gens a décliné et que de nouveaux variants ont émergé, on a constaté une hausse des infections post-vaccinales, souligne Sasha Bernatsky. La COVID-19 continue d’être l’une des principales causes d’hospitalisation, en particulier pour les groupes vulnérables. À l’instar de la grippe, la COVID-19 constitue désormais une menace saisonnière que nous ne pouvons pas ignorer. »

L’étude était une collaboration entre l’Université McGill, l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, l’Université de Colombie-Britannique, l’Université Laval, l’Université McMaster, l’Hôpital mont Sinaï, l’Université du Manitoba et l’Alliance canadienne des arthritiques.

L’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill mène actuellement des recherches sur l’efficacité des nouvelles stratégies de vaccination pour les maladies inflammatoires d’origine immunologique et les personnes immunodéprimées. Ruth Sapir-Pichhadze, Inés Colmegna, Arielle Mendel et d’autres scientifiques dirigent cette initiative.

L’étude

L’article « COVID-19 Breakthrough Infections in Immune-Mediated Inflammatory Diseases: Data from the SUCCEED (Safety and Immunogenicity of COVID-19 Vaccines in Systemic Autoimmune-Mediated Inflammatory Diseases) Study », par Jeremiah Tan, Sasha Bernatsky, Jennifer Lee, Paul Fortin, Anne-Claude Gingras, Inés Colmegna, Dawn Bowdish, Maggie Larché, Dawn Richards, Carol Hitchon et Juan Antonio Aviña-Zubieta, a été publié dans Vaccines.