Le revenu, l’emploi et le racisme structurel sont des facteurs de fréquence élevée de la COVID-19

Les répercussions de la pandémie de COVID-19 diffèrent selon les villes et les provinces, et certaines régions ont plus de difficultés que d’autres. Une étude récente montre que dans certaines villes canadiennes, la fréquence élevée de la COVID-19 est liée à l’emploi, au revenu, au logement et à des marqueurs de racisme structurel.

Pour mieux comprendre les facteurs qui contribuent à la concentration des cas d’infection dans certaines régions, une équipe de chercheurs canadiens, dont font partie Yiqing Xia, David Buckeridge et Mathieu Maheu-Giroux de l’Université McGill, a analysé des données de surveillance provinciales recueillies entre janvier 2020 et février 2021. L’équipe s’est intéressée aux infections présentes dans 16 villes du Québec, de l’Ontario, de la Colombie-Britannique et du Manitoba, et son étude a été publiée dans le Journal de l’Association médicale canadienne.

Modèles de transmission de la COVID-19 dans les villes

« Dans chaque ville étudiée, 50 % des cas se concentraient dans des zones regroupant moins de 21 à 35 % de la population. Dans ces quartiers, les facteurs associés à la concentration des cas variaient légèrement en fonction des contextes », explique Mathieu Maheu-Giroux, professeur à l’Université McGill et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en modélisation de la santé des populations.

« Dans toutes les provinces, la concentration géographique des cas dépendait de déterminants sociaux de la santé. On pense notamment à des quartiers à forte densité de logements et comptant davantage de travailleurs essentiels, de résidents à faible revenu ou à faible niveau de scolarité, et une plus grande proportion de minorités visibles ou d’immigrants récents », précise Yiqing Xia, auteure principale et doctorante au Département d’épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail de l’Université McGill.

L’équipe de recherche a découvert que le statut de minorité visible était le déterminant social de la santé le plus courant à travers différentes villes. Les résultats de l’étude sont comparables à ceux provenant d’autres recherches menées au Canada, en Suède, aux États-Unis et dans d’autres pays où les taux de COVID-19 sont plus élevés dans les quartiers accueillant une communauté vulnérable ou caractérisés par une forte diversité.

Au moment de l’étude, il y avait 63 266 cas de COVID-19 en Colombie-Britannique, 15 089 au Manitoba, 239 160 en Ontario et 224 377 au Québec. Ces cas avaient été recensés dans 16 régions métropolitaines et représentaient 81 %, 57 %, 83 % et 80 % de tous les cas confirmés dans chacune de ces provinces.

Zones sensibles au Québec

« Nous avons été étonnés de voir des profils similaires dans toutes les villes québécoises étudiées : les déterminants sociaux influent sur la concentration des cas à Gatineau, Québec, Sherbrooke, Saguenay et Trois-Rivières », fait remarquer Mathieu Maheu-Giroux.

« À Montréal, la Direction régionale de santé publique est intervenue de façon prioritaire dans des zones où la transmission de la COVID-19 était élevée, notamment pour des opérations ponctuelles de dépistage et de vaccination. Il faut multiplier les initiatives de ce genre pour lutter plus efficacement contre la pandémie », ajoute-t-il.

Priorité aux populations les plus à risque

« En comprenant les facteurs liés à la transmission de la maladie dans les villes, nous pouvons mieux cerner les populations et les contextes dans lesquels les risques sont les plus grands, explique la DreSharmistha Mishra de l’Hôpital St. Michael et de Unity Health Toronto. Grâce à une analyse géographique, nous pourrons mieux répartir les ressources, élaborer des politiques sur mesure et mettre en œuvre des stratégies adaptées aux contextes, et ainsi freiner plus efficacement la transmission ».

Afin de pouvoir répondre aux besoins des communautés qui sont disproportionnellement à risque de la COVID-19, les auteurs proposent que des services de santé publique ciblent en priorité des zones sensibles partout au pays, notamment en organisant des campagnes de vaccination et de dépistage. « En accordant la priorité aux quartiers où le risque de transmission est le plus grand, la santé publique pourra intervenir plus efficacement en cas de résurgence de la COVID-19. »

L’étude

L’article « Geographical concentration of SARS-CoV-2 cases by social determinants of health in metropolitan areas in Canada: a cross-sectional study » a été publié dans le Journal de l’Association médicale canadienne.

DOI: https://www.cmaj.ca/lookup/doi/10.1503/cmaj.211249