Annie Chevrier est membre dun comité gouvernemental qui a mené des consultations avec des infirmières et infirmiers de partout au Québec pour formuler des recommandations éclairées sur la refonte du programme

La professeure adjointe Annie Chevrier a participé à titre de représentante universitaire aux travaux d’un comité chargé de moderniser le programme collégial de soins infirmiers, une expérience gratifiante qui l’a remplie d’humilité. « De janvier à mai 2024, nous avons mené des entretiens de groupe avec des infirmières et infirmiers des quatre coins du Québec, et nous avons entendu des histoires remarquables de résilience et d’adaptation », relate-t-elle. 

En 2023, le ministère de l’Enseignement supérieur a annoncé la création de ce comité, dont les travaux doivent guider le plan directeur de la première refonte du programme collégial de soins infirmiers en 25 ans. Cette modernisation influera sur ce qu’on appelle la trajectoire DEC-BAC (la technique de trois ans en soins infirmiers suivie du baccalauréat intégré en sciences infirmières), dans laquelle s’engagent près de 60 % des diplômées et diplômés du collégial. Puisque la Pre Chevrier pilote le baccalauréat intégré en ligne de l’École des sciences infirmières Ingram (ÉSII), unique en son genre, et possède une vaste expérience en élaboration de programme d’études pour la trajectoire DEC-BAC, il n’est pas étonnant qu’on l’ait sélectionnée pour cet important projet de modernisation. 

Le comité regroupe également deux enseignantes en soins infirmiers au collégial et des membres représentant le ministère de l’Enseignement supérieur, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec et le ministère de la Santé et des Services sociaux. Si tous les programmes du cégep sont soumis à un examen périodique, cette analyse de la profession infirmière se voulait exceptionnellement rigoureuse et exhaustive sur les plans de la préparation, de la méthodologie, de la portée et de la collecte des données, explique la professeure. Le comité s’est entretenu avec des infirmières et infirmiers en exercice dans de nombreuses régions du Québec, notamment au Nunavik, aux Îles-de-la-Madeleine, à Sept-Îles et en Gaspésie. « L’ampleur du projet témoigne d’une reconnaissance du rôle essentiel que joue la profession infirmière dans les soins aux personnes de tous âges, dans un système de santé en profonde transformation », souligne-t-elle. 

Des entretiens structurés ont été menés avec des groupes qui constituaient un échantillon statistiquement représentatif des divers niveaux de formation (DEC, DEC-BAC, baccalauréat), spécialités et régions. Les conversations ont porté sur le champ d’activité infirmier, les défis à relever et la formation aux dimensions fondamentales de la compétence, comme la pensée critique ou le jugement et le raisonnement cliniques. 

Les témoignages des personnes travaillant auprès de populations vulnérables dans des régions isolées, avec un accès limité aux spécialistes, aux infrastructures de pointe et même à l’internet haute vitesse, étaient particulièrement poignants. « Puisqu’elles sont loin des centres spécialisés, les infirmières qui travaillent en région isolée doivent être beaucoup mieux préparées à soigner des patients de 0 à 99 ans qui présentent des problèmes qu’elles ne voient pas nécessairement au quotidien », explique Annie Chevrier. L’impact des changements climatiques sur les communautés traumatisées par des catastrophes comme les feux de forêt préoccupait aussi gravement les groupes participants. 

En outre, l’onde de choc déclenchée par la pandémie continue de se faire sentir dans le système de santé, ce qui rend la modernisation de la formation collégiale en soins infirmiers d’autant plus nécessaire. « La pandémie a révélé que le système n’était pas agile, mais les infirmières elles-mêmes ont fait preuve de résilience, d’agilité et d’innovation. Elles se sont montrées à la hauteur de la situation. » 

Au cours des prochains mois, le personnel enseignant du collégial tiendront des consultations internes pour examiner et valider les recommandations du rapport, après quoi un plan directeur plus détaillé sera formulé et présenté aux cégeps. L’objectif est de lancer la nouvelle mouture du DEC en soins infirmiers à l’automne 2028. La première cohorte formée dans le programme modernisé amorcera donc le baccalauréat intégré à l’ÉSII à l’automne 2031. En prévision de leur arrivée, le corps professoral de l’École apportera les modifications nécessaires au programme universitaire pour mieux l’arrimer aux acquis de la formation collégiale.

Profondément émue par les récits entendus lors des entretiens de groupe, la Pre Chevrier est convaincue que la modernisation de la formation collégiale validera les efforts et la détermination extraordinaires des infirmières et infirmiers qui y ont participé. « Cette analyse de la profession, nous la leur dédions, car nous leur avons promis que leur voix serait entendue. Elle sera aussi précieuse pour le système de santé, car à notre connaissance, il n’y a jamais eu de consultation, d’entretiens de groupe et de rapport d’analyse de cette ampleur pour la profession infirmière, au Québec ou ailleurs », conclut-elle.