Offert à plus de 3000 membres du personnel de la santé jusqu’à maintenant, l’atelier vise à faire reconnaître la manière dont les documents cliniques peuvent perpétuer ou atténuer l’oppression des communautés marginalisées. 

Alors qu’elle travaillait comme ergothérapeute au Nunavut, Janna MacLachlan, Ph. D. et ergothérapeute autorisée (Ont.), a fait une découverte troublante. Ses notes cliniques mentionnant des absences à des rendez-vous avaient été utilisées dans un dossier de prise en charge d’un enfant inuit sans qu’elle en ait eu connaissance. 

Cet incident l’a amené à réfléchir à la façon dont les biais non intentionnels peuvent s’insinuer dans la rédaction et l’interprétation des documents cliniques, et influencer des décisions qui ont une incidence sur la vie des patients et des patientes. Sa réflexion a également été nourrie par les préoccupations d’une mère inuk, selon qui le dossier médical volumineux de son enfant lui indiquait clairement que les autorités jugeaient mal de ses compétences en tant que parent.  

Marie-Lyne Grenier, ergothérapeute, Ph. D. (c) et professeure adjointe (professionnelle) à l’École de physiothérapie et d’ergothérapie (ÉPE) de McGill, a décidé de passer à l’action après avoir entendu cette histoire. Elle a collaboré avec Mme MacLachlan afin d’élaborer un nouvel atelier d’une demi-journée pour le personnel de la santé sur les pratiques de documentation anti-oppressives. Cet atelier, qui combine théorie, données probantes et exercices pratiques, vise à faire reconnaître la manière dont les documents cliniques peuvent perpétuer ou atténuer l’oppression, notamment des communautés marginalisées. Il aide également à la mise en place d’approches de documentation clinique anti-oppressives. 

D’abord offert aux ergothérapeutes en 2021, l’atelier a maintenant été présenté plus de 45 fois à plus de 3000 personnes (membres du personnel de la santé, du corps enseignant, de la population étudiante, des organismes de réglementation, et cadres). Il fait également partie du curriculum du programme d’ergothérapie de McGill et a récemment reçu l’un des prix Impact en enseignement décernés par le vice-décanat exécutif, Éducation et engagement communautaire. 

 « La tenue de dossiers est généralement présentée comme une compétence technique ou administrative, et il arrive même qu’elle ne soit pas enseignée de manière formelle, explique la professeure Grenier. On considère que l’effectif étudiant l’acquiert “sur le terrain”, et il est rare qu’on l’encourage à considérer les conséquences plus vastes sur le plan social, éthique et politique de ce que contiennent ces documents ». Elle ajoute que les dossiers administratifs et les formulaires ont « depuis longtemps été utilisés à des fins de surveillance, de prise en charge d’enfants, de dépossession de terres et d’assimilation forcée des Autochtones ». 

Les participants et participantes à l’atelier apprennent de quelle manière les préjugés implicites, les normes socialement construites et les attentes institutionnelles peuvent se glisser dans la pratique quotidienne de documentation médicale et ainsi caractériser injustement un patient ou une patiente et ses besoins, ou bien influencer l’interprétation des personnes qui lisent ces dossiers. Ils et elles réfléchissent ensuite à l’influence de ces documents sur des décisions importantes, comme le retrait ou nom du permis de conduire d’une personne, son accès au logement, la garde de son enfant, etc. L’atelier donne également des exemples concrets d’améliorations qui peuvent être apportées aux pratiques de documentation. Par exemple, lorsqu’un patient ou une patiente refuse un service, il est préférable d’éviter des tournures telles que « la personne est non observante » et de plutôt expliciter les raisons de ce refus, réaffirmant ainsi son droit de le faire. 

En outre, le personnel de la santé peut formellement signaler toute atteinte aux droits constatée (en indiquant qu’un service d’interprétation n’est pas offert plutôt que de noter, par exemple, « la patiente éprouve de la difficulté à décrire ses symptômes »). 

L’atelier a été hautement salué par des membres du corps enseignant, du personnel de la santé et de la population étudiante, ainsi que par des cadres du secteur de la santé. Les rétroactions reçues jusqu’à présent démontrent qu’il s’attaque à une lacune importante dans la formation et la pratique professionnelles. S’appuyant sur ce succès, la professeure Grenier et son équipe mènent actuellement des recherches sur l’influence de l’atelier sur les pratiques de tenue de dossiers, la prise de décisions ainsi que l’expérience des patients et patientes et de la clientèle. 

Selon Sara Saunders, Ph. D. et directrice du programme d’ergothérapie de l’ÉPE, et Isabelle Gagnon, Ph. D. et vice-doyenne et directrice de l’ÉPE, l’ajout de l’atelier au programme « représente un avancement important pour la formation ». Elles ajoutent que : « Cette innovation est tout à fait conforme aux engagements que l’institution a pris en réponse aux appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, particulièrement ceux liés à la sécurité culturelle des soins et à la formation d’un personnel de la santé capable de s’attaquer au racisme systémique dans les systèmes de santé. En fournissant aux membres de l’effectif étudiant des outils concrets pour analyser de manière critique leurs habitudes de prise de notes, ce travail ancre la réconciliation dans la pratique en passant par l’enseignement en santé ». La professeure Grenier et Mme MacLachlan optimisent régulièrement le contenu de l’atelier. Celui-ci est offert aux pédagogues qui souhaitent intégrer ses enseignements à leur propre programme. 

Elles pensent que les enseignements de l’atelier peuvent être utiles dans d’autres domaines que celui de la formation en santé. Elles prévoient d’ailleurs collaborer avec des organismes de réglementation et des responsables des politiques afin d’étudier la manière dont les pratiques, les lignes directrices et les attentes professionnelles en matière de tenue de dossiers peuvent refléter les principes d’équité, de responsabilité et de pratique anti-oppressive au sein de plusieurs secteurs. 

« La documentation anti-oppressive ne devrait pas être considérée comme une amélioration optionnelle ou une tendance émergente. Elle doit être reconnue comme un volet essentiel de la prestation de soins éthiques de haute qualité, affirme la professeure Grenier. Bien que des changements de culture soient essentiels, une réforme des politiques peut bien souvent accélérer l’adoption de pratiques plus équitables au sein de diverses professions. » 

Félicitations à Marie-Lyne Grenier et à Janna MacLachlan! 

Pour en savoir plus sur le prix Impact en enseignement, consultez le site web du vice-décanat à l’éducation et à l’engagement communautaire. 

Si vous désirez intégrer cette formation à votre programme de soins de santé, communiquez avec la professeure Grenier à marie-lyne.grenier@mcgill.ca.