Cette série d’entretiens s’inscrit dans le cadre de l’initiative « Le Mois de l’histoire des Noirs et au-delà », lancée par le comité organisateur du Mois de l’histoire des Noirs et dirigée par des membres noirs de la communauté étudiante et enseignante de la Faculté de médecine et des sciences de la santé, en collaboration avec le Comité sur l’équité, la diversité, l’inclusion et l’antiracisme (ÉDIAR) de l’École de santé des populations et de santé mondiale. 

 

Parlez-nous un peu de vous.
Je m’appelle Mélissa Délalie Houinsou. Étudiante en troisième année de médecine à l’Université McGill, je suis aussi écrivaine, artiste de création parlée, conférencière et éducatrice sanitaire. J’ai à cœur d’améliorer l’accessibilité aux soins de santé grâce à l’éducation, en particulier pour les communautés noires et marginalisées. Originaire du Bénin, je me suis installée seule au Canada à 17 ans, et j’ai obtenu un baccalauréat spécialisé en sciences de la santé à l’Université d’Ottawa. 

Décrivez-nous votre programme d’études et votre projet de recherche.
Je suis actuellement inscrite au doctorat en médecine (MDCM) à l’Université McGill. Mes travaux de recherche portent sur les différences socioculturelles dans la perception et la gestion de la douleur pendant l’accouchement. M’appuyant sur des entretiens approfondis réalisés avec des femmes d’origines diverses, j’explore l’influence de l’identité culturelle, des croyances religieuses et du contexte socio-économique sur la compréhension de la douleur, les préférences en matière de gestion de la douleur et les interactions avec le système médical de ces patientes. 

Mes travaux mettent en évidence un aspect souvent négligé des soins obstétricaux centrés sur la patiente : l’influence de l’expérience vécue sur les décisions et les résultats cliniques. Je constate ainsi le besoin d’une éducation et d’une communication entre les patientes et les prestataires de soins plus inclusives et adaptées à la culture.

Qu’est-ce qui vous a incitée à aller vers ce domaine de recherche? Qu’espérez-vous accomplir?
En tant que femme noire et future médecin, j’ai constaté que les systèmes de santé ont souvent du mal à tenir compte des réalités vécues par les patients de cultures différentes. Des mères noires m’ont confié avoir ressenti un manque de considération à leur égard et avoir reçu des soins inadéquats, ce qui m’a amenée à explorer la perception de la douleur à travers un prisme culturel. J’espère contribuer par mes recherches à des soins obstétricaux plus bienveillants, inclusifs et sensibles au contexte, ainsi qu’à l’élaboration de pratiques pédagogiques mieux adaptées à toutes les communautés.

Pourquoi avez-vous choisi l’Université McGill?
J’ai choisi l’Université McGill en raison de l’importance qu’elle accorde à la santé mondiale et de son approche de la médecine centrée sur l’humain. La possibilité d’étudier dans un environnement bilingue, à la culture très vivante, a également été un facteur déterminant. McGill m’a fourni les outils nécessaires pour explorer tous mes domaines d’intérêt, sur le plan académique, créatif et communautaire, ce qui a enrichi mon parcours vers la médecine et l’a empreint d’humanisme.

Pouvez-vous décrire votre participation au sein de la communauté et expliquer pourquoi c’est important pour vous, particulièrement en tant que membre de la communauté noire?
Le travail communautaire me passionne, il est en quelque sorte ma raison d’être. J’ai fondé Coin Santé-Health Corner, une plateforme bilingue de culture de la santé qui rend accessibles des sujets médicaux complexes. Depuis son lancement, plus de 50 000 personnes l’ont consultée, dont un bon nombre de personnes noires et immigrantes. En juin 2025, j’ai déployé la plateforme hors ligne en créant Coin Santé Live, un événement consacré au bien-être qui propose des ateliers, des activités de dépistage et des échanges adaptés aux besoins de populations défavorisées. 

À titre de mentore, j’aide des étudiantes et étudiants noirs lors de leur inscription en médecine, un processus souvent éprouvant qui peut susciter un sentiment d’isolement. J’aide les étudiants à se préparer, mais surtout, je leur rappelle qu’ils sont à leur place. Quand je me suis inscrite en médecine, je n’avais pas de mentor. En aidant les autres aujourd’hui, je peux réécrire cette histoire, pas seulement pour moi-même, mais pour ceux et celles qui viendront après moi. 

Je m’investis également dans des activités de défense des droits à l’échelle municipale et provinciale, et je suis présidente de ma cohorte de médecine ainsi que membre de plusieurs groupes étudiants. Je fais également du bénévolat pour mon église, auprès des enfants, à qui j’offre un espace sûr et empreint de joie où ils peuvent se recentrer, réfléchir et créer des liens. 

Comment votre identité en tant que membre de la communauté noire a-t-elle influencé vos préférences de recherche et votre engagement communautaire?
Mon identité de femme noire n’influence pas seulement mes préférences, elle les ancre. Mon expérience m’a permis de prendre conscience des lacunes qui persistent en santé et en éducation : le manque de représentation, les questions non posées, les suppositions. Ces lacunes ne relèvent pas de considérations abstraites : elles se manifestent au quotidien. Je m’efforce donc de porter la voix de personnes trop souvent ignorées. 

Quel conseil donneriez-vous à la jeune personne que vous étiez, à la lumière de ce que vous savez aujourd’hui?
Petite Délalie,
Tu n’as pas besoin de te conformer au modèle de quelqu’un d’autre pour réussir. Tu as le droit d’être multidimensionnelle, d’avoir des rêves qui s’entremêlent, de te laisser guider par ta tête et ton cœur. Couche sur papier, sans te juger, tes histoires délirantes et tes poèmes qui t’empêchent de dormir la nuit, et nourris ta passion pour la communication et la découverte du monde, ainsi que ton amour profond pour la médecine et les soins. Les épreuves que tu traverses aujourd’hui, et celles qui t’attendent encore, contribueront à te façonner, et non à te briser. Elles t’ancreront dans tes valeurs et renforceront ta voix. Accorde à tes relations l’importance qu’elles méritent. Tisse des liens authentiques et réciproques : ils te nourriront plus que tu ne le penses. Tu réussiras, et un jour, tu seras fière de tes réalisations et du long chemin que tu as parcouru. Chacune de tes facettes possède une valeur propre. Que cette conviction guide ton chemin et inspire ton engagement au service des autres.