Sous la direction de la Dre Natalie Dayan, des chercheuses et des chercheurs ont réalisé une étude pancanadienne mettant au point un score de risque de maladie cardiovasculaire qui combine les complications de la grossesse avec les facteurs de risque traditionnels, afin d’aider à identifier les femmes présentant un risque plus élevé de maladie du cœur à l’avenir.
Dans une étude pancanadienne dirigée par Natalie Dayan, M.D., scientifique à L’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (L’Institut), l’équipe a mis au point un nouveau score de risque pour prédire la maladie cardiovasculaire après l’accouchement. Publiés dans JACC: Advances, les résultats reposent sur des données administratives nationales provenant de près de deux millions d’accouchements ayant eu lieu entre 2008 et 2021.
La maladie cardiovasculaire (MCV) est encore l’une des principales causes de décès et d’incapacité chez les femmes. Des complications comme la prééclampsie et d’autres formes de morbidité maternelle grave sont des facteurs de risque propres à la santé des femmes et permettent de prédire le risque de MCV, à court terme ou à long terme. Les cliniciennes et les cliniciens ne disposent pas encore d’outils pratiques pour identifier les femmes présentant le risque le plus élevé et pouvant bénéficier d’un suivi plus étroit ou d’un traitement préventif précoce.
Pour mettre au point le score de risque, l’équipe de chercheuses et de chercheurs a analysé près de deux millions d’accouchements survenus au Canada entre 2008 et 2021. L’équipe a suivi les femmes après leur accouchement, pendant une période variant entre six semaines et dix ans. Le modèle comprenait des facteurs ayant trait à la grossesse — y compris les troubles relatifs à l’hypertension, l’accouchement avant terme et d’autres complications graves touchant la mère — ainsi que des risques n’ayant aucun lien avec la grossesse, comme l’âge, l’hypertension chronique et le diabète.
« Notre objectif est de mettre au point un outil brossant le tableau complet de la situation clinique après la grossesse — ne se limitant pas aux facteurs de risque traditionnels relatifs à la maladie du cœur, mais tenant aussi compte des complications qui se manifestent pendant la grossesse, a déclaré la première auteure de l’étude, Melia Alcantara, M. Sc., candidate au doctorat à l’Université McGill et stagiaire travaillant sous la direction de la Dre Dayan à L’Institut. En combinant ces éléments, nous avons pu créer un score de risque capable d’aider à stratifier les patientes et à les classer selon leur niveau de risque, soit faible, moyen, ou élevé; cette stratification représente une première étape prometteuse vers la mise au point d’un calculateur de risque. »
Malgré le fait que seulement 1,5 pour cent des femmes appartenaient au groupe présentant le risque le plus élevé, le risque qu’elles soient hospitalisées pour une MCV dans l’année suivant l’accouchement était presque huit fois plus élevé que le risque de base. Le modèle a démontré des résultats similaires après un an, cinq ans et dix ans suivant l’accouchement.
« La grossesse implique beaucoup de changements sur le plan du système cardiovasculaire; on comprend maintenant qu’il s’agit d’un test de stress sur le plan cardiovasculaire, a ajouté la Dre Dayan. Chez certaines femmes, les complications pendant la grossesse, comme la prééclampsie ou une hémorragie obstétrique grave, laissent entrevoir l’existence d’une vulnérabilité sous-jacente quant à la maladie du cœur. »
La Dre Dayan a obtenu du financement pour reproduire ce modèle dans différentes cohortes et pour tester une nouvelle approche statistique, tenant compte de la gravité, de la récurrence et du moment où se manifestent les maladies liées à la grossesse – autant de facteurs souvent ignorés dans les modèles prédictifs traditionnels.
« La période suivant l’accouchement constitue une occasion importante pour faire de l’éducation et pour intervenir, a poursuivi la Dre Dayan. Toutefois, nous avons besoin de meilleurs outils pour nous guider dans l’identification des femmes ayant besoin d’un suivi et d’une gestion des facteurs de risque plus intensifs — de même que dans l’identification de celles qui peuvent être rassurées quant à leur santé cardiovasculaire. Le score de risque que nous venons de mettre au point constitue une première étape importante pour atteindre cet objectif. »
L’équipe de la Dre Dayan a aussi publié récemment dans BMJ Open des conclusions relatives au score de risque; ces conclusions démontrent que les femmes qui présentent une morbidité maternelle grave sont deux fois plus susceptibles d’avoir besoin de soins de santé de niveau élevé au cours de la première année suivant l’accouchement, y compris les consultations à l’urgence, les hospitalisations et les consultations de médecins spécialistes, comparativement aux femmes ayant été en santé pendant leur grossesse. L’étude populationnelle fait ressortir les besoins médicaux importants et continus des femmes après une grossesse comportant des complications, ce qui souligne davantage l’importance d’un suivi structuré et d’une évaluation du risque de maladie cardiovasculaire après l’accouchement.
En tant que fondatrice de la Clinique de santé cardiovasculaire maternelle postpartum du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), en 2013, la Dre Dayan a reconnu une lacune dans les soins des femmes atteintes de troubles de l’hypertension pendant la grossesse – l’une des complications de la grossesse les plus courantes et potentiellement les plus graves, qui touche jusqu’à 10 pour cent des femmes.
« Du point de vue clinique, le besoin était évident. Chez un tiers des femmes vues à la Clinique de santé cardiovasculaire maternelle postpartum, on a identifié une anomalie métabolique sous-jacente lors de leur première visite, environ de trois à six mois après l’accouchement. Toutefois, il est devenu évident que nous avons besoin d’un moyen plus solide et plus systématique de quantifier le risque, a conclu la Dre Dayan. Nous espérons que les travaux commentés ici vont permettre aux cliniciennes et aux cliniciens ainsi qu’à leurs patientes de développer des stratégies personnalisées fondées sur des données probantes, afin d’améliorer leur santé cardiovasculaire en fonction de leur risque personnel. »
Les études ont été rendues possibles grâce au financement des Instituts de recherche en santé du Canada.
À propos des études
Les auteures et les auteurs de l’étude intitulée « Risk Score Development to Predict Postpartum Cardiovascular Disease Incorporating Pregnancy and Nonpregnancy Factors: A Canada-Wide Study » sont Melia Alcantara, Gabriel D. Shapiro, Robert W. Platt, Michal Abrahamowicz, Joel G. Ray, Ugochinyere Vivian Ukah et Natalie Dayan. Les résultats de cette étude ont été publiés dans JACC: Advances en février 2026 (vol. 5, no 2). Système DOI : https://doi.org/10.1016/j.jacadv.2025.102511
Les auteures et les auteurs de l’étude intitulée « Association between severe maternal morbidity and health service use in the first postpartum year: a population-based retrospective cohort study in British Columbia, Canada » sont Lauren Tanner, Sarka Lisonkova, Gabriel D. Shapiro, Dimitra Panagiotoglou, Robert W. Platt, Ugochinyere Ukah et Natalie Dayan. Les résultats de cette étude ont été publiés dans BMJ Open (vol. 16:e110105). Système DOI : https://doi.org/10.1136/bmjopen-2025-110105
