Des scientifiques de l’Université McGill ont contribué à une étude internationale montrant qu’un type précis de tissu adipeux influe sur le fonctionnement des vaisseaux sanguins et sur la tension artérielle, révélant de nouveaux mécanismes au-delà de l’obésité.
Une importante étude internationale, publié dans le journal Science, met en lumière un rôle inattendu du tissu adipeux dans la régulation de la tension artérielle et de la santé vasculaire. Les scientifiques Augusto C. Montezano, Ph. D., et Rhian M. Touyz, MBBCh, Ph. D., qui travaillent au sein du Programme de recherche en santé cardiovasculaire au long de la vie à L’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (L’Institut), en sont coauteurs.
L’étude montre que la graisse beige — une forme de graisse métaboliquement active liée à la graisse brune— fait plus que réguler l’équilibre énergétique. Elle communique aussi activement avec les vaisseaux sanguins, influant sur leur fonctionnement et réagissant aux signaux physiologiques qui contrôlent la tension artérielle. Fait important, cet effet n’a aucun lien avec le poids corporel, offrant ainsi une nouvelle compréhension des raisons pour lesquelles l’hypertension, ou l’hypertension artérielle, peut se développer, même chez des personnes qui ne sont pas obèses.
« On étudie souvent l’hypertension à travers le prisme de l’obésité et de la maladie métabolique, » explique la Dre Touyz, scientifique principale à L’Institut ainsi que directrice exécutive et scientifique en chef de cette institution. Cette étude montre que la biologie du tissu adipeux — la manière dont les cellules adipeuses fonctionnent et envoient des signaux aux vaisseaux sanguins — peut influer profondément sur la santé cardiovasculaire. »
Une nouvelle voie de communication entre la graisse et les vaisseaux sanguins
Alors que des études précédentes avaient établi un lien entre la présence de graisse beige ou de graisse brune et un risque de maladie cardiovasculaire plus faible, les mécanismes sous-jacents à cette association n’étaient pas très clairs. Dans cette étude, les chercheuses et les chercheurs ont combiné des modèles génétiques, des analyses moléculaires avancées et des expériences sur la physiologie vasculaire pour montrer l’existence d’une relation de cause à effet directe entre la dysfonction de la graisse beige et la tension artérielle élevée. Ils ont aussi montré que ce processus dépend d’une protéine appelée PRDM16.
Lorsque les cellules de graisse beige ont perdu leur fonction spécialisée dans des modèles expérimentaux, les vaisseaux sanguins sont devenus plus rigides et plus réactifs, subissant un remodelage fibrotique qui a entraîné des augmentations soutenues de la tension artérielle. L’équipe de scientifiques a déterminé que ces changements trouvaient leur origine dans la libération d’une enzyme spécifique, la QSOX1, produite lorsque la fonction des cellules de graisse beige est perdue.
« En identifiant la QSOX1 comme un facteur dérivé de la graisse qui altère directement la structure vasculaire et la réactivité, nous avons pu établir un lien entre les changements moléculaires dans les cellules adipeuses et les changements mesurables dans le comportement des vaisseaux sanguins, » explique Augusto Montezano. « Lorsque nous avons bloqué de manière sélective la QSOX1 dans les cellules adipeuses, la fonction vasculaire s’est améliorée, et la tension artérielle s’est normalisée, ce qui s’est avéré un résultat frappant. »
L’étude renforce ces résultats, en intégrant la génétique humaine aux données cliniques, démontrant ainsi que des variations dans les gènes liés à la fonction de la graisse beige sont associées à l’hypertension et au remodelage vasculaire chez les êtres humains.
Mis ensemble, les résultats font ressortir le rôle actif de la graisse beige dans la régulation de la santé cardiovasculaire plutôt que celui d’observateur passif. En révélant la manière dont l’identité des cellules adipeuses influe sur la structure vasculaire et sur la tension artérielle, les travaux commentés ici ouvrent de nouvelles pistes quant à la réflexion sur l’hypertension — plus particulièrement chez les personnes qui ne présentent pas le profil classique associé à la maladie cardiovasculaire ayant un lien avec l’obésité.
« À plus long terme, le ciblage des voies de communication moléculaires découvertes dans l’étude commentée ici pourrait entraîner de nouvelles stratégies visant à prévenir l’hypertension artérielle et la dégradation des fonctions vasculaires, en préservant ou en restaurant la communication entre la graisse et les vaisseaux sanguins », conclut la Dre Touyz.
À propos de l’étude
Les auteures et auteurs de l’étude intitulée « Ablation of Prdm16 and beige fat identity causes vascular remodeling and elevated blood pressure » sont Mascha Koenen, Tobias Becher, Giulia Pagano, Ilaria Del Gaudio, Jorge A. Barrero, Augusto C. Montezano, Jenelys Ruiz Ortiz, Zeran Lin, Nicolás Gómez-Banoy, Rose Amblard, Daniel Schriever, Meltem E. Kars, Luisa Rubinelli, Sarah J. Halix, Zhen Fang Huang Cao, Xing Zeng, Scott D. Butler, Yuval Itan, Rhian M. Touyz, Annarita Di Lorenzo et Paul Cohen. Cette étude a été publiée dans Science, 15 janvier 2026, vol. 391, numéro 6782, p. 306–313.
