Un stage de quatre semaines au sein d’une communauté crie a permis à un étudiant en médecine de McGill de mieux comprendre les soins adaptés à la culture et lui a montré à quel point la confiance, les relations humaines et la communauté sont essentielles à la santé.
En parcourant le millier de kilomètres entre Montréal et Waskaganish, dans la région d’Eeyou Istchee, où il allait effectuer son stage en médecine de famille du programme de formation médicale décentralisée, Aiman Hadif Bin Abdul Razak s’attendait à perfectionner ses compétences cliniques. Au lieu de cela, cet étudiant en quatrième année de médecine en est reparti avec quelque chose d’aussi précieux : une compréhension approfondie de la manière dont la culture, la confiance et la communauté façonnent les soins de santé.
« J’étais un peu nerveux au début, car c’était un endroit complètement nouveau et je ne connaissais personne », admet Aiman, originaire de Malaisie et installé au Québec depuis 2017. « Mais au bout d’un jour ou deux, je me suis senti comme chez moi. »

Aiman dans un bateau sur la rivière Rupert avec sa première prise.
Son stage a coïncidé avec le Mois national de l’histoire autochtone en juin, ce qui lui a permis de participer aux célébrations et traditions locales. Il a assisté à la « cérémonie des premiers pas », une tradition crie destinée aux jeunes enfants qui célèbre leurs premiers pas ainsi que leur lien indissoluble avec leur culture, leur communauté et la terre. Il a également goûté à la cuisine locale et passé des soirées au bord de la rivière Rupert. Lors d’un après-midi mémorable, on l’a invité à bord d’un bateau de pêche et on lui a appris à pêcher. Il garde un excellent souvenir de cette journée, car la générosité dont il a fait l’expérience a renforcé son sentiment d’appartenance à la communauté.
Sur le plan clinique, ce stage a permis à Aiman d’explorer un champ d’exercice exceptionnellement vaste. Il a travaillé dans des cabinets de médecine familiale, aux urgences, en obstétrique, en soins aux nouveau-nés, dans des cliniques de promotion du bien-être et lors de visites à domicile, aux côtés de médecins, de nutritionnistes, de membres du personnel infirmier et d’autres professions de santé.
« La formation a dépassé mes attentes, dit-il. Les superviseurs nous donnent de l’autonomie, mais sont là pour nous aider quand nous en avons besoin. »
Cette expérience lui a également confirmé que les soins de santé efficaces ne se limitent pas au diagnostic et au traitement. Au fil de ses conversations avec les patients et leurs familles, Aiman a appris que les plans thérapeutiques doivent se conformer à leurs réalités, à leurs traditions et aux valeurs de leur communauté.
Apprendre au-delà de la clinique
David Cheechoo, cofondateur du Centre Wiichihiiwewin à Waskaganish, s’est adressé aux stagiaires des études médicales de premier cycle et de la résidence lors d’une présentation organisée par le service de psychiatrie de la clinique. Il a partagé ses réflexions sur la résilience et les parcours vers la guérison, en particulier pour les membres de la communauté confrontés à un trouble de la dépendance.
Membre de la Première Nation de Moose Cree en Ontario, David Cheechoo vit à Waskaganish depuis plus de 30 ans. Avec son épouse Greta Cheechoo-Whiskeychan (cheffe de Waskaganish), il a fondé le Centre Wiichihiiwewin en 2017 afin d’apporter un soutien aux personnes et aux familles touchées par des traumas, le deuil, la dépendance et des troubles de santé mentale.
Le Centre propose des programmes fondés la culture, notamment des services-conseils, des camps de guérison en pleine nature, des activités culturelles et des ateliers, qui encouragent les personnes y prennant part à renouer avec leur culture, leur famille et la terre. Les programmes sont proposés à la fois en cri et en anglais, reconnaissant ainsi le rôle important que joue la langue dans le processus de guérison.

Un coin où s’asseoir face à la rivière Rupert à Waskaganish.
Grâce à son expérience à Waskaganish, Aiman comprend mieux l’importance de la confiance dans les relations de soins de santé. Dans les communautés autochtones, la confiance peut prendre du temps à venir, notamment en raison de l’héritage des politiques coloniales et du rôle historique du système de santé dans les préjudices causés aux peuples autochtones. « Il faut du temps pour instaurer la confiance, dit-il. C’est l’une des choses les plus importantes que j’ai apprises. »
Cette leçon a été renforcée par des leaders communautaires tels que Cheechoo, qui estime que les stages en milieu rural et isolé profitent tant aux stagiaires qu’aux communautés en favorisant la compréhension mutuelle et en créant un impact social majeur. « Ne pensez jamais que vous n’êtes pas les bienvenus, déclare Cheechoo. Vous êtes une ressource précieuse et vous pouvez contribuer à la guérison de nos communautés autochtones. »
Former des médecins au sein de la communauté
Pour Aiman, Waskaganish a offert un contraste saisissant avec son précédent stage en médecine de famille à Montréal. Au sein de cette petite communauté très soudée, il a eu davantage d’occasions de passer du temps avec les patients, de nouer des relations et de mieux comprendre leur vie en dehors de la salle d’examen.
« À la fin du mois, les gens me reconnaissaient dans la rue, se souvient-il. Quelqu’un m’a arrêté et m’a dit : “C’est vous qui avez examiné mon bébé.” Cette connexion était vraiment spéciale. »
Aiman envisage une carrière en soins palliatifs en passant par la médecine de famille. Sa collaboration avec Justin Sanders, M.D., directeur de Soins palliatifs McGill, et son stage à Waskaganish lui ont permis d’apprécier davantage le rôle unique que jouent les médecins de famille dans l’accompagnement des patients et de leurs familles à chaque étape de la vie. Lorsqu’on lui demande ce qu’il dirait à d’autres étudiantes et étudiants en médecine qui envisagent un stage en milieu rural ou isolé, sa réponse est immédiate :
« Je recommande vivement à tout le monde d’aller dans le Nord. L’apprentissage clinique y est excellent, la communauté est accueillante et on y apprend des choses qu’on ne peut tout simplement pas apprendre ailleurs. »
Pour en savoir plus sur le programme de formation médical décentralisé de l’Université McGill, rendez-vous sur : https://www.mcgill.ca/med-dme/fr

Aiman posant à côté d’un panneau « Bienvenue » à Waskaganish.

