Des signaux répétés indiquant la présence d’hypertension ou de diabète gestationnels accroissent le risque de maladie cardiovasculaire chez les hommes
Le diabète gestationnel ou les troubles associés à l’hypertension pendant la grossesse sont souvent considérés comme des affections temporaires touchant les mères. Toutefois, ces troubles sont de plus en plus reconnus comme des signes précoces d’un risque cardiométabolique à long terme. Bien que la plupart des travaux de recherche se soient concentrés sur ce que signifient ces complications pour les femmes, de nouvelles découvertes laissent entendre que leurs implications dépassent les mères.
Une vaste étude populationnelle de L’Institut, dirigée par Kaberi Dasgupta, M.D., M. Sc., scientifique principale au sein du Programme de recherche en désordres métaboliques et leurs complications, démontre que lorsqu’une femme enceinte est atteinte de diabète gestationnel, d’hypertension gestationnelle ou de prééclampsie pendant deux grossesses, les pères présentent progressivement des risques de développer le diabète, de l’hypertension, une maladie cardiovasculaire ou de faire un accident vasculaire cérébral (AVC). Plus le nombre de grossesses touchées est élevé, plus le risque augmente — le risque de diabète s’élevant de plus de 80 % lorsque ces complications surviennent à trois reprises.
Un modèle de relation dose-effet clair
Au cours de l’étude susmentionnée, on a analysé près de 500 000 familles québécoises répertoriées dans les bases de données administratives québécoises, et un modèle de relation dose-effet a émergé. Comparativement aux pères dont la partenaire n’avait pas éprouvé de complications liées au diabète ou à l’hypertension gestationnels au cours de deux grossesses, une simple occurrence de diabète était associée à une augmentation de plus de 20 % du risque de diabète, alors que deux occurrences augmentaient ce risque d’environ 40 % et que trois occurrences l’accroissaient de plus
de 80 %. On a observé des associations similaires croissantes selon le nombre d’occurrences d’hypertension ou de maladie cardiovasculaire.
« Les complications de la grossesse comme l’hypertension ou le diabète gestationnels semblent être des signaux avertisseurs pour les pères, a expliqué la Dre Dasgupta. Elles nous offrent plusieurs occasions de faire de la prévention avant le développement d’une maladie chronique. »
Les conclusions de l’étude susmentionnée se fondent sur des travaux de recherche antérieurs de l’équipe, démontrant que l’hypertension et le diabète gestationnels sont liés à un risque de maladie cardiométabolique plus élevé chez les pères. Cette étude renforce les données probantes démontrant que le risque croît progressivement avec le nombre de grossesses touchées par ces complications.
Les membres d’un couple ont souvent le même environnement, les mêmes comportements ou la même situation socioéconomique. Les habitudes alimentaires et le niveau d’activité physique tendent à se ressembler au sein des ménages, contribuant ainsi à des trajectoires de risque similaires à long terme.
Implications et prochaines étapes
Le diabète et l’hypertension sont les principaux facteurs de la maladie cardiovasculaire et de l’AVC. L’identification précoce de risques plus élevés pouvant exister à l’âge adulte crée des occasions de prévention.
Alors que les complications de la grossesse laissent déjà présager l’apparition d’un risque de maladie cardiométabolique à l’avenir chez les mères, les conclusions susmentionnées laissent entendre que l’on devrait aussi tenir compte des pères dans les stratégies préventives. Les couples qui font des efforts conjoints pour améliorer leur nutrition et pour accroître leur niveau d’activité physique peuvent réduire les risques auxquels leurs enfants et eux sont exposés à long terme.
L’équipe de chercheuses et de chercheurs est en train de tester directement l’approche décrite
ci-dessus. Dans un essai clinique randomisé contrôlé financé par Diabetes Canada (Diabète Canada), ces scientifiques évaluent si les conjoints qui ont les mêmes habitudes de vie peuvent améliorer l’adhésion au nombre de pas à faire chaque semaine par les couples où l’un des partenaires ou les deux ont le diabète de type 2. L’objectif est de déterminer si la prévention effectuée chez les deux partenaires peut entraîner une diminution du risque et des gains quant à la santé.
À propos de l’étude
L’étude dont il est ici question a bénéficié du soutien de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC, et a été réalisée sur le site de l’Université McGill de l’Institut de la statistique du Québec (CADRISQ); elle a été publiée dans le Journal of Epidemiology & Community Health.
L’étude intitulée Associations of pregnancy complications with paternal cardiovascular risk: a retrospective cohort study, réalisée par Mussa J., Wen L., Sharafi M., Gouin J.P., Rahme E. et Dasgupta K., a été publiée en ligne le 17 décembre 2025 dans le Journal of Epidemiology & Community Health (Système DOI : 10.1136/jech-2025-224673).
