Aviane Auguste est professeur adjoint au Département d’épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail à l’Université McGill. Dans l’exercice de ses fonctions, il fait de l’équité en santé la pièce maîtresse de ses projets, en conjuguant rigueur scientifique et cocréation communautaire.

Son plus récent chantier porte sur la population noire montréalaise. Bien que de nombreuses études documentent les inégalités de santé vécues par les personnes noires aux États-Unis, les données demeurent rares à Montréal. « La communauté noire constitue la plus grande minorité visible de la ville. Pourtant, elle reste sous-représentée dans la recherche en santé et dans la conception d’interventions adaptées », souligne-t-il.

Le projet qu’il pilote implique, entre autres, la participation de trois associations communautaires — la Fondation des médecins canado-haïtiens, l’Association de la communauté noire de Côte-des-Neiges et la Maison d’Haïti —, et vise précisément à combler cette lacune. Ensemble, ils élaborent un agenda de recherche sur la prévention des maladies chroniques, le racisme et l’accès aux soins.

Ce travail s’appuie notamment sur les constats du Forum sur la santé communautaire du Black Community Resource Centre, qui soulignait en 2024 l’urgence de mieux documenter les obstacles aux soins et les initiatives favorisant le bien-être de la communauté noire. « À ce jour, il n’existe pas d’intervention consignée et dirigée par la communauté noire qui met en valeur les savoirs issus de l’expérience vécue », rappelle le chercheur. « Combler cette lacune est essentiel pour élaborer des stratégies durables d’équité en santé et favoriser des partenariats durables entre le milieu universitaire et la communauté montréalaise.»

Quant à ses recherches, Aviane Auguste se concentre sur le cancer dans les pays insulaires ou en développement. Son objectif : mieux comprendre les disparités et les inégalités, améliorer la prévention et renforcer les capacités locales de recherche. « Dans plusieurs de ces pays, la recherche sert surtout à obtenir un diplôme. Moi, je veux qu’elle devienne un levier pour changer les choses », affirme-t-il.

Sa recherche explore comment le traitement oncologique à l’étranger influence les soins dans de petits États insulaires des Caraïbes. « Nous comparons l’expérience des gens qui partent se faire soigner à l’étranger avec celle des patients traités localement », précise-t-il. L’étude se distingue par son attention portée aux systèmes de santé de régions souvent négligées. Elle recueille ainsi des données détaillées à Antigua, en Dominique, à la Grenade, à Saint-Kitts, à Sainte-Lucie et à Saint-Vincent. « Ces territoires sont souvent absents des grandes analyses internationales, alors qu’ils cumulent des vulnérabilités importantes. »

Si son engagement est aujourd’hui solidement ancré à Montréal, son parcours témoigne d’une trajectoire façonnée par la préparation… et l’imprévu. Originaire de Sainte-Lucie, Aviane s’oriente d’abord vers la biochimie, puis vers la santé publique et l’épidémiologie. « Je suis passé d’une échelle cellulaire à une échelle populationnelle, avec des retombées plus immédiates », raconte-t-il.

Une thèse sur les cancers de la tête et du cou aux Antilles françaises, un passage à l’Institut Gustave Roussy à Paris, puis une rencontre fortuite lors d’une conférence à Québec ont jalonné sa carrière. « À Québec, une discussion impromptue a ouvert une porte », se souvient-il. Quelques mois plus tard, après avoir franchi avec succès toutes les étapes du concours, il est recruté comme professeur adjoint à McGill et s’installe à Montréal en janvier 2024.

Dans sa trajectoire parsemée de surprises, une constante émerge : sa préparation est méthodique, mais il accueille volontiers l’imprévu. Résultat? Il en tire parti comme pas un. « La chance, c’est quand la préparation rencontre l’occasion », dit-il. Et c’est précisément à cette intersection que les réalisations d’Aviane Auguste se concrétisent, comme celle de faire de la recherche un outil d’équité.